« C’est comme ça qu’il faut répondre à un mouvement, au lieu de le traiter par le mépris depuis des semaines », a déclaré Glucksmann, le candidat « social-démocrate » à la présidentielle à propos des mesurettes annoncées lundi 26 octobre par le gouvernement en réponse aux revendications de la jeunesse, prouvant ainsi qu’il se place non pas du point de vue des jeunes en révolte, mais du côté de ceux qui sont au pouvoir. Mais rien de très surprenant : pour le PS et ses affidés, le mouvement lycéen est un élément perturbateur de leur petite campagne pépère… Du côté de Mélenchon et LFI, le discours n’est apparemment pas le même : le soutien au mouvement est clair et des figures connues du parti se sont affichées à la porte des lycées aux côtés des jeunes.
Les militants jeunes de LFI tentent d’intervenir dans le mouvement, essentiellement au travers d’organisations qui ne sont que des coquilles vides, comme l’Union étudiante, mais qui peuvent être considérées par le pouvoir comme des interlocuteurs, car les gouvernements ne discutent qu’avec des « corps intermédiaires » et fuient toute rencontre avec les représentants directs, élus, des mouvements.

De facto, LFI intervient donc finalement assez peu à l’intérieur même du mouvement, laissant à d’autres les innombrables tâches concrètes que nécessite la lutte. Ne pas mettre les mains dans le cambouis, mais récolter les fruits de la mobilisation, c’est ce que Mélenchon exprime clairement : « Notre rôle est de nous mettre au service du mouvement, de l’aider dans les transitions de ses phases et d’être identifiés comme débouché politique dans les institutions de pouvoir. Parce qu’au bout de la crise de régime, nous avons une solution pacifique et positive. Je la résume : la Constituante et la VIe République. » (Mediapart, 23 octobre)

Le « débouché politique » de LFI se résume donc à la prochaine présidentielle et son programme fumeux de VIe République. Pour les révolutionnaires, le « débouché politique », c’est le mouvement lui-même, plus précisément les moyens que les jeunes se donnent pour faire aboutir leurs revendications. Nous faisons nôtres ces phrases du Manifeste du Parti communiste de 1848 : « [Les communistes] n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. […] Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. » Parmi les lycéens d’aujourd’hui, il y a les travailleurs de demain. La lutte actuelle a appris aux jeunes non seulement que le fondement de l’État bourgeois, ce sont les flics, les juges, l’armée, mais aussi comment s’organiser directement contre eux.

LFI compte engranger les « bénéfices politiques » du mouvement actuel, entendez par là un bénéfice électoral. C’est probable. Mais c’est surtout le signe de la radicalisation de la jeunesse qui se tourne vers ce qu’elle perçoit comme étant le plus radical. C’est donc un signe extrêmement positif, à condition que des organisations révolutionnaires soient ouvertement présentes pour l’inévitable moment où le radicalisme de la jeunesse et du monde du travail se heurtera au conservatisme social d’un Mélenchon.

Le mouvement actuel contribue largement à redonner au monde du travail confiance en lui-même et dans les luttes. Répétons-le, les communistes révolutionnaires n’ont pas d’objectifs à défendre autre que ce qui peut faire gagner le mouvement. Tout ce qui y contribue renforce la classe ouvrière. Au-delà des calculs électoraux mesquins, c’est l’essentiel pour l’avenir.

Jean-Jacques Franquier