Près de Grenoble, une quarantaine de détenus ont refusé de regagner leur cellule jeudi 29 octobre. Ceux-ci protestaient contre la surpopulation et l’état de délabrement de l’établissement. Alors que l’État français est régulièrement condamné par la Cour européenne des droits de l’homme pour ses conditions d’incarcération, la maison d’arrêt de Varces en est un exemple frappant. Plus de deux fois plus de détenus que de places, les obligeant à dormir sur des matelas à même le sol dans des cellules insalubres infectées de nuisibles, mais aussi des douches tapissées de moisissures et une cuisine ne respectant aucune norme d’hygiène. La santé physique comme mentale des détenus y est gravement menacée.
Immédiatement, les médias ont crié à la mutinerie, mais refuser de rentrer de promenade pour aller dormir au milieu des cafards est un acte de dignité. La réponse de la direction ?
L’intervention des équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris), une unité d’élite de l’administration pénitentiaire. Des hommes surarmés pour ramener en cellule les détenus levant les mains en l’air par crainte que le pire arrive. Cette société n’a que la violence et la répression à offrir à ceux pour qui les délits qu’ils commettent sont souvent un moyen de (sur)vivre – les personnes incarcérées à Varces sont en attente de jugement ou ont moins d’un an de peine restant.
C’est le cas des nombreux condamnés suite au 17 octobre, les comparutions immédiates ayant défilé pour des vols, par exemple de lait infantile, ce qui va encore un peu plus remplir ces cellules qui débordent déjà.
Hasard du calendrier, deux jours plus tard, la justice ordonne huit mesures pour améliorer les conditions de détention suite à un référé déposé il y a un mois. À prendre sous dix jours, ces mesures sont loin de répondre aux besoins des détenus, et ne répareront pas les dommages qu’ils ont subis jusqu’ici.
Pour cela il faudra bien en finir avec cette machine à broyer les pauvres, qui isole, détruit et conduit à la récidive, pendant que les Le Pen et autres fraudeurs fiscaux peuvent encore diriger État et entreprises sans être inquiétés. « Nul devoir ne s’impose au riche, le droit du pauvre est un mot creux » scande l’Internationale. Dans cette période de mobilisation massive contre le gouvernement, de nouvelles personnes se lèvent chaque jour pour réclamer une société réellement juste et qui réponde aux besoins de tous et toutes. Amplifions-la dans la jeunesse et le monde du travail.
Max Pichoud
