Manifestation anti-AfD à Berlin, le soir des élections en Saxe-Anhalt

Le 6 septembre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a enregistré une « victoire historique » lors des élections régionales en Saxe-Anhalt. Avec son chef de file Ulrich Siegmund, elle a doublé son score, atteignant 43,8 % des voix. L’extrême droite a échoué à gouverner seule en raison de l’entrée au Parlement du BSW (scission de « gauche souverainiste » du parti de gauche Die Linke), et des Verts et du Parti social-démocrate (SPD). On ne sait pas encore quelle coalition pourrait voir le jour. Une chose est déjà claire : le gouvernement chrétien-démocrate de Sven Schulze (CDU) a essuyé un rejet. Mais comment contrer l’ascension de l’AfD ?

La raison de cette ascension tient toutefois bien plus à la frustration accumulée face à la politique des gouvernements régionaux et fédéraux qu’à la stratégie publicitaire de Siegmund, tiktokeur amateur : la région n’aurait pas réussi sa « mutation structurelle » et les entreprises chimiques – qui emploient plus de 13 000 personnes – suppriment des emplois pour garantir leurs profits. Les plans de réforme et les coupes budgétaires du gouvernement se font particulièrement sentir avec la fermeture de crèches, d’écoles et d’hôpitaux. Il est facile pour les partis d’extrême droite de détourner la colère pour s’en prendre aux plus démunis, en ciblant les prétendus « parasites sociaux » et les migrants.

Cette montée de l’extrême droite n’est toutefois pas un fléau propre à la Saxe-Anhalt ou à l’Allemagne de l’Est : l’AfD a également eu de bons scores cette année dans le sud de la Rhénanie-Palatinat. Une dynamique qui n’a rien d’inévitable – mais comment l’enrayer ?

À coup sûr, la tolérance à l’égard de la politique conservatrice d’austérité et d’expulsion, qui est celle de Die Linke, qui envisage d’endiguer l’AfD aux côtés de la CDU, n’est pas la bonne voie. Elle renforce l’impression que l’AfD serait le seul véritable parti d’opposition. La tête de liste de Die Linke, Eva von Angern, a d’ailleurs consacré plus de temps, lors d’un débat télévisé, à défendre la redevance audiovisuelle que la survie des hôpitaux. Après des années passées au sein des gouvernements d’Allemagne de l’Est, Die Linke a clairement montré qu’elle ne souhaitait que gérer le système. Elle l’a déjà payé lors des élections, avec 8,6 % des voix, derrière le SPD et les Verts, dont elle ne se distinguait pratiquement plus sur le fond. Le cas de Mustafa Groener, le candidat direct de Die Linke dans la circonscription de Magdebourg II1, montre qu’il peut en être autrement. Il a été élu à la majorité, sans doute pour avoir pris clairement position contre le génocide en Palestine, la casse sociale et la politique anti-ouvrière du gouvernement.

La lutte contre l’AfD ne peut être gagnée que si elle est menée en dehors des règles du jeu parlementaire bourgeois, qui ont précisément rendu ce parti si puissant. À Magdebourg, le 26 août, a eu lieu une « grève des migrants » : des commerçants ont cessé le travail pour protester contre la propagande raciste de l’AfD et des partis bourgeois. En faisant grève et en descendant dans la rue, la classe ouvrière peut montrer sa volonté et capacité à faire fonctionner ce système d’une autre façon, plus satisfaisante et juste. Les partisans du capital que sont les racistes de l’AfD peuvent jubiler aujourd’hui, mais les illusions qu’ils entretiennent ne peuvent manquer de s’effondrer.

D’après l’article paru le 11 septembre sur le site du RSO (Allemagne)

 

 

1  Dans la plupart des élections allemandes, l’électeur fait deux votes : le premier pour élire le député de sa circonscription, le deuxième pour un parti.