Sous prétexte de lutter contre le « fascisme qui vient » on pourrait nous sommer de ne pas critiquer, voire de défendre le bilan des différents gouvernements de gauche du socialiste Pedro Sanchez. On entend déjà les avertissements : « Ne faites pas la politique du pire ! » Oui, mais le pire arrive lorsqu’on est incapable de mener une politique de classe, qui tient tête au patronat. La droite et l’extrême droite n’ont jamais été aussi haut dans les sondages. Un sacré bilan après huit ans de gauche institutionnelle au pouvoir.
Une politique qui n’a jamais voulu s’attaquer aux intérêts des capitalistes
Pourtant, ça n’a pas été faute de compter dans son gouvernement toutes les couleurs possibles : du violet de Podemos, au supposé rouge du Parti communiste espagnol (PCE) et de sa coalition Sumar, le soutien capital pour son maintien au pouvoir des nationalistes de la gauche catalane, ainsi que de la bourgeoisie catalane, et jusqu’à la coalition basque EH Bildu, qui regroupe une partie des anciens défenseurs de la lutte armée.
Beaucoup de couleurs donc, mais une posture : faire barrage à l’extrême droite et à la droite qui n’a pas rompu avec le franquisme. Un constat cependant : toutes les lois antisociales et réactionnaires antérieures ont été maintenues, comme la retraite à 67 ans, la loi Travail et la loi Sécurité globale XXL. Au final, l’extrême droite et la droite sont aux portes du pouvoir.
Il y a assez de richesses pour accueillir la misère produite par le capitalisme
Doit-on accueillir 5 000 à 10 000 travailleurs, hommes, femmes, jeunes marocains qui fuient la misère et sont prêts à risquer leur vie ? Pour les communistes internationalistes que nous sommes, évidemment que oui. Le rôle de la classe ouvrière est de s’unir par-delà les frontières. C’est la première ligne de clivage avec la gauche institutionnelle.
Après les plus de 140 morts marocains fin juillet, lorsque la frontière a été franchie, Sanchez a laissé pourrir la situation. Sa première réaction a été de parler « d’attaque contre l’intégrité territoriale de l’Espagne », de laisser sous-entendre l’influence de puissances étrangères en masquant la réalité brute : d’un côté, la misère que produit le capitalisme et, de l’autre, la volonté légitime d’y échapper. Le 14 septembre, le ministre des Transports a osé comparer la situation de Ceuta aux attentats du 11 septembre 2001. On a l’habitude de la rhétorique réactionnaire de l’extrême droite qui parle « d’invasion ». À Bruxelles, c’est le maire-président de Ceuta, Juan Jesús Vivas (droite) qui a demandé la présence de Frontex et de l’argent pour renforcer les frontières. Mais l’expulsion vers le Maroc est aussi l’objectif politique de Sanchez et de son gouvernement.
Que faire ?
Le 2 septembre, dans plusieurs grandes villes, des contre-manifestations se sont opposées à celles de la droite et de l’extrême droite, les dépassant même en nombre, comme à Bilbao et Barcelone.
Elles se sont organisées, pour la première fois à cette échelle, en coordination entre la gauche révolutionnaire trotskiste dans sa diversité et le Mouvement socialiste (qui n’a rien à voir avec le PSOE). Elles ont aussi regroupé des militantes et militants de Podemos et du PCE.
Un récent sondage montre que, malgré le matraquage incessant sur « l’invasion de Ceuta », la question de l’immigration est une préoccupation bien moins importante que celles de l’inflation et du logement… Voilà où aller lutter et combattre l’extrême droite et son influence.
Gaël Quirante
