
C’est dans une ville en état de siège (3 000 flics, véhicules blindés Centaure garés à l’arrière du Zénith, ponts sur la Loire coupés à toute circulation, manifestations interdites, 17 000 contrôles d’identité, couvre-feu pour les moins de 15 ans…) que le Rassemblement national a tenu son congrès à Orléans. Les gros bras de sa milice privée, le DPS, n’en étaient pas plus détendus : palpation à l’arrière du dos des femmes pour vérifier qu’elles avaient bien un soutien-gorge « par peur des Femen », expulsion violente de journalistes de Mediapart (dont l’un a subi des insultes racistes) et de trois militants de l’Union des étudiants juifs de France qui ont réussi à déployer une banderole pendant le discours de Bardella rappelant ses propos antisémites… L’ambiance était donnée par le député européen Matthieu Valet qui a promis qu’avec « Marine Le Pen et Jordan Bardella, la France aurait sorti les Centaures face aux racailles et aux antifas. » Avant d’ajouter : « Nous déclarerons comme organisation terroriste tous les mouvements antifascistes ! »
État de siège à l’extérieur… mais beaucoup de sièges vides à l’intérieur !
Pas plus de 4 000 places occupées dans un Zénith qui en compte 6 000 le samedi matin au moment du discours d’auto-satisfaction de bilan de Bardella, seul candidat à sa succession… D’après lui, les membres du parti sont passés de « 36 000 à 160 000 » ce qui n’est pas très raccord avec les chiffres annoncés par le RN lui-même sur le nombre de participants au vote en ligne en amont du congrès : 76 000… C’est surtout sur les performances électorales inédites du RN que Bardella a axé son discours : premier groupe à l’Assemblée nationale, première délégation française au Parlement européen, création d’un groupe au Sénat il y a un mois et présence dans le parti de « plus de 3000 élus locaux », pour évidemment prédire que cette sucess story allait trouver son achèvement dans la victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle. D’ailleurs, celle-ci a fait revenir tous ses proches au bureau exécutif, notamment ceux qui en avaient été écarté en 2022 pour avoir soutenu Louis Aliot face à Bardella. Le Pen et le RN ça reste quand même une histoire de famille !
« Le congrès de la victoire »… des ennemis du monde du travail
Le Pen, toujours condamnée pour avoir détourné des millions d’euros d’argent public, est arrivée en clôture du congrès avec un nouveau slogan de campagne pour 2027, « Renaissance pour la France », et un discours faisant « l’éloge du beau »… pour des idées très sales : l’islamophobie, la préférence nationale, la défense de l’ordre établi, c’est-à-dire de l’ordre patronal, avec des salaires au rabais, notamment pour les jeunes. Sa proposition de « dispenser les jeunes actifs de moins de 30 ans de payer des impôts sur le revenu » est une vieille solution patronale : les payer le moins possible et ils ne seront même pas imposables ! L’attentat islamophobe de Trappes commis par un lecteur de Mein Kampf, les attaques des manifestants par des groupes d’extrême droite protégés par les flics dans une douzaine de villes samedi 24 octobre n’ont pas été abordés dans son discours. Qui ne dit mot, consent !
Marie Darouen
« No Pasaran » à Orléans… Mais « Pasaran » partout ailleurs ?
De nombreux leaders des appareils syndicaux et politiques de la gauche institutionnelle ont fait le même choix le 24 octobre : aller manifester à Orléans, très loin des lieux mêmes du congrès du RN, dans un cadre très « légaliste ». Quand Sophie Binet et Olivier Faure tiennent une même banderole « pour le progrès social » on a toujours du mal à s’imaginer que celle-ci va être un rempart contre l’extrême droite. Est-ce que le meilleur endroit pour lutter « en vrai » contre l’État policier et servir la cause du mouvement social n’était pas plutôt aux côtés des toutes celles et ceux qui ne voulaient pas se plier aux interdictions de manifester partout dans le pays ?
