Le budget 2027 aurait dû passer comme une lettre à la Poste. Le gouvernement était parti pour prolonger la cure d’austérité : gel des pensions de retraite, gel des APL, des allocations familiales et de la plupart des prestations sociales. Quelques embauches de fonctionnaires étaient au programme, mais dans des secteurs bien choisis : l’armée, la police, la justice.
Les partis qui ont joué le rôle de béquille du gouvernement ces dernières années, le PS et le RN, avaient prévu un peu de battage pour la forme, mais ils comptaient surtout ne pas trop le tenir en échec, de peur d’une dissolution. Les affaires devaient se régler après la présidentielle, et tant pis pour ceux qui allaient pâtir dès aujourd’hui des conséquences du dernier budget macroniste.

C’était sans compter sur l’irruption massive des lycéens et étudiants dans l’arène politique, qui met tout ce petit monde sur le grill. Plus personne ne voulait assumer la responsabilité d’un budget antisocial et chacun y est allé de son petit tas d’amendements. Mais qu’importe, c’est de toute façon le gouvernement qui imposera sa copie.

Par ordonnances ? Cette méthode, inédite en matière budgétaire, présenterait l’intérêt pour le PS et le RN de pouvoir renverser le gouvernement sans empêcher la mise en place du budget : pratique pour paraître radical tout en étant, sur le fond, très responsable.

Par un nouveau 49.3 ? Un tel coup de Lecornu pousserait ses opposants dans leurs retranchements. Le RN, sûr de sa victoire en 2027, a déjà fait savoir qu’il n’irait pas jusqu’à la censure et qu’il voterait de toute façon un rectificatif à l’été prochain. Sauf, ajoute-t-il, si le budget prévoit trop de hausses d’impôts, manière de flatter les milieux bourgeois petits et grands, jamais rassasiés.

LFI reste en dehors de cette cuisine parlementaire et a d’ores et déjà annoncé la censure quoi qu’il arrive. Mais le mouvement profite également de la séquence pour recentrer la candidature de Mélenchon. Son contre-budget a certes suscité des cris d’orfraie, mais il contient bien quelques renoncements (la retraite à 60 ans n’est plus qu’un horizon) et surtout il cherche à convaincre certains capitalistes « qu’ils peuvent avoir intérêt à ce que notre politique l’emporte », dixit Éric Coquerel.

Bastien Thomas