Dans une fête de l’Huma où la densité des T-shirts Mélenchon 27 pouvait laisser penser qu’elle était plus la fête de LFI que du PCF, le public envahissait toute l’allée lors son grand discours du samedi après-midi, dans un nuage de drapeaux tricolores… Un discours chaudement applaudi. Mais bien des propos nationalistes inquiétants quand, oubliant la musique, on écoutait plus attentivement les paroles.

Augmentation immédiate des salaires… ou simple avancement des NAO ?

Les prix montent en flèche, encore plus ces derniers temps avec la hausse de l’essence. Pour Mélenchon, la solution est l’échelle mobile des salaires. Ce qui serait très bien si, à titre d’exemple, il n’avait pas ajouté : « De 1950 à 1983, il y a eu une échelle mobile des salaires ». Tous les travailleurs qui ont connu la période se rappellent une inflation à deux chiffres et les bagarres incessantes pour arracher des augmentations, qui ne rattrapaient jamais complètement les pertes de pouvoir d’achat. C’est à se demander pourquoi a éclaté la grève générale de mai 1968, contre des salaires bloqués qui ne permettaient pas de vivre ! Mélenchon utilise l’expression « échelle mobile » pour laisser entendre qu’il la réclame, mais ce qu’il met derrière n’a rien visiblement à voir. Toujours sur le sujet sensible du pouvoir d’achat en cette période de hausse assez vertigineuse des prix, Mélenchon propose « la convocation immédiate des négociations annuelles obligatoires des salaires ». Notez bien, pas une augmentation immédiate des salaires, juste des NAO avec six mois d’avance…

S’en prendre aux banquiers… allemands !

C’est sur sa proposition phare d’annulation de la dette de la France auprès de la BCE que le chef de la France insoumise a consacré près d’un tiers de son discours fleuve du samedi : « Les comptes ne sont pas à jour entre Allemands et Français », explique-t-il. Mélenchon se réfère au rattachement de l’Allemagne de l’Est à celle de l’Ouest et, pour lui, les Français auraient « payé plus de 100 milliards pour que vous puissiez échanger la monnaie bidon d’Allemagne de l’Est contre la monnaie de l’Allemagne de l’Ouest ». C’est ainsi que Mélenchon voit la solidarité ouvrière ? Il aurait fallu laisser les travailleurs d’Allemagne de l’Est sans le sou ? Et qui sont « les Allemands » de son discours ? Qui sont « les Français » ? Mélenchon trouve-t-il que nous jouons dans la même cour que les Dassault ou les Bernard Arnault ? La lutte de classe aurait-elle disparu ? Pourquoi ces envolées anti-allemandes ? Pour ressusciter les haines nationales ?

Les spectateurs du public du meeting, dont un bon nombre sont convaincus que nos adversaires sont les patrons, ont sans doute été sensibles au ton véhément du leader de LFI. Mais, derrière le ton, il faut décrypter les paroles !

Les travailleurs n’ont pas de patrie

Le nationalisme de Mélenchon ressort de plus en plus : « Notre pays a traversé des épreuves terribles au fil de son histoire et nous nous en sommes toujours sortis », a-t-il affirmé, appelant à être « fiers d’être la première nation spatiale européenne, le deuxième territoire maritime du monde, d’être parmi les premières puissances numériques ».

Fier de la bombe atomique française ? Fier des engins de mort de Dassault, dont il aime visiter les usines et vanter les résultats ? Fier des confettis de l’empire colonial dont les zones côtières permettent à l’impérialisme français de revendiquer la deuxième (voire la première) zone économique exclusive du monde ?

Les travailleurs de PSA Poissy ou Mulhouse sont exploités par le même patron, Stellantis, que ceux d’Opel Bochum. Nous devons tout faire pour que leurs luttes se rejoignent, pas les aligner derrière des drapeaux nationaux – et d’ailleurs, à Poissy comme à Bochum, combien de travailleurs nés sur d’autres sols que l’Europe ? Les militants qui voient en Mélenchon un rempart contre l’extrême droite doivent y réfléchir à deux fois. Beaucoup sont impliqués dans la lutte de classe. Or, les travailleurs n’ont pas de patrie : ce sont les patrons qui s’y raccrochent. Et, entre les deux, il faut choisir.

J.-J. F